Un peu d’histoire
La présence d’établissements d’enseignement ou de recherche dans le triangle sud du Plateau de Saclay ou dans la vallée de l’Yvette n’est pas vraiment chose nouvelle. Une partie de l’histoire des sciences de ces cinquante dernières années a été écrite par des personnalités qui « sont passées » par Saclay ou Orsay : Raimond Castaing, Albert Fert, Jacques Friedel, André Guinier, et Pierre Gilles de Gennes.
La vocation scientifique de ce lieu remonte en effet à l’après guerre, époque à laquelle la France vise à redevenir une puissance scientifique de premier plan, ce qui demande en particulier la création de nouveaux centres de recherche. C’est en 1946 que le CNRS s’installe à Gif-sur-Yvette en achetant le château de Button et son domaine de 67 hectares. Le CEA le suit de peu, en devenant propriétaire en 1947 d’un grand terrain qui deviendra en 1952 le centre CEA de Saclay. De même l’ONERA s’installe à Palaiseau en 1947. Plus tard, en 1955, sous l’impulsion d’Irène Joliot, l’Université de Paris acquiert à son tour un terrain de 150 hectares sur les communes d’Orsay et de Bures pour y installer des laboratoires de physique nucléaire. Les premiers étudiants arrivent en 1958, dans ce qui deviendra treize ans plus tard l’université Paris 11. C’est également à cette époque, qu’est créé l’IHES sous l’impulsion de l’industriel d’origine russe Léon Motchane qui rêvait de créer en France l’équivalent de « l’Institute of Advanced Studies» de Princeton. C’est aussi dans l’après guerre que l’enseignement de la gestion à HEC évolue fortement en se rapprochant des méthodes plus scientifiques développées outre atlantique. Cette évolution aboutira en 1964 au déménagement de cette école sur la commune de Jouy-en-Josas. Enfin, l’Ecole Supérieure d’Optique (de nos jours l’IOGS) quitte Paris en 1965 pour s’installer sur le Campus d’Orsay. Enfin, en 1968, le Laboratoire Central de Recherche de Thomson-CSF (qui deviendra 33 ans plus tard « Thales Research and Technology – France ») s’installe à Orsay dans le domaine de Corbeville.
Une deuxième vague d’installations correspond au mouvement hors de Paris de deux grandes écoles qui viennent s’installer sur le plateau de Saclay : Supélec en 1975 et L’école Polytechnique en 1976. En 1978, la Ferme du Moulon qui abrite aujourd’hui la station génétique et d’amélioration des plantes (INRA et Paris XI) est remise en état. Dès le milieu des années 1970, les établissements présents réfléchissent en commun à l’avenir du plateau de Saclay. Ils créent l’association des établissements scientifiques (AES) qui rassemble les établissements concernés. Plus tard, en 1999, sous l’impulsion de Jean-Jacques Duby, alors directeur de Supélec, les établissements concernés élaborent à la demande du Ministre de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie, un rapport précurseur intitulé « propositions pour le plateau de Saclay ». Ils y proposent de fédérer l’activité sur trois axes liés à des grands secteurs économiques : « optique et nanotechnologies », « biologie, santé, environnement », et « ingénierie de l’information ». Cette présentation était déjà proche de celle qui est faite aujourd’hui du Campus, si ce n’est que cette réflexion avait été menée juste avant que n’émerge en force la question du réchauffement climatique et du développement durable !
Le dernier mouvement en date est l’implantation du synchrotron Soleil qui est inauguré en 2006.
Cette histoire locale, s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis les années 1990, de nombreux responsables avaient pris conscience de l’évolution de la recherche et de la montée en puissance des grands Campus des pays anglo-saxons. Des outils nouveaux, comme le classement de Shanghai, qui comparent différents Campus avec des critères souvent liés à la taille, font évoluer les esprits. De même, on prend conscience du rôle des grands clusters alliant recherche et industrie, notamment pour maintenir un tissu industriel en Europe. L’état met en place au milieu des années 2000 des outils de structuration locale comme les pôles de compétitivité, les pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES), les réseaux thématiques de recherche avancé (RTRA). Le futur Campus bénéficie rapidement des nouveaux instruments créés par l’état puisque deux RTRA y sont implantés (Digiteo et Triangle de la Physique), hébergés par la Fondation de Coopération Scientifique qui porte leur nom. Deux des PRES de l’Ile-de-France (Paris Tech et Universud Paris) ont des composantes importantes sur le Campus. Des acteurs industriels aussi ne s’y trompent pas et anticipent. C’est le cas de Danone qui installe en 2000 son centre de recherche et développement dans la zone de Palaiseau. De même, en 2001, le centre de recherche Corporate de Thales, situé depuis 1968 sur le domaine de Corbeville a été transféré dans des nouvelles installations situées sur la zone Palaiseau, participant à la nouvelle dynamique. Le territoire est aussi le centre de gravité de l’activité de R&D du pôle de compétitivité de vocation mondiale System@tic Paris-Région.
L’Etat s’intéresse aussi spécifiquement à ce lieu. Divers rapports ont identifié les actions prioritaires à mener en vue de l’aménagement du cluster scientifique et technologique de Saclay tel, en 2004, le rapport de Christian Blanc alors député des Yvelines intitulé « Pour un écosystème de la croissance ». Par deux fois, en juin 2007 puis en janvier 2008, le président de la République a affirmé la priorité qu’il accordait à ce projet. En 2008, trois initiatives de l’État convergent et permettent la concrétisation de ces plans de développement scientifique du plateau de Saclay.
- La première, l’opération d’intérêt national (OIN) ciblant le sud de l’Île-de-France, avait été lancée par une lettre du Premier ministre au préfet de région, le 18 novembre 2005. Une mission de préfiguration a été installée en mars 2006 sous l’impulsion du préfet Landrieu. Le décret instaurant l’OIN est signé en février 2009. Cette opération concerne une zone relativement large (49 communes) qui englobe le Campus de Saclay mais aussi Satory La Minière.
- La deuxième, le plan Campus du plateau de Saclay, a été lancée en février 2008 par Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Une enveloppe de cinq milliards d’euros a été réservée pour accompagner la montée en puissance des Campus français les plus prometteurs. Douze projets ont été labellisés en 2008 en trois vagues, mai, juillet et décembre.
- La troisième, le projet de cluster scientifique et technologique sur le plateau de Saclay, présenté par le secrétariat d’État à la Région Capitale lors de la conférence de presse du 6 novembre 2008.
En juin 2008, les établissements du plateau de Saclay signent une déclaration d’intention de créer ensemble un vaste Campus. Le projet est esquissé dans le rapport de Philippe Lagayette, alors président de la fondation Digiteo - triangle de la physique intitulé « Projet de développement du plateau de Saclay ». Puis, en huit mois, ces établissements construisent un projet commun qui préfigure le futur Campus du plateau de Saclay. Ce dossier est porté par la Fondation de Coopération Scientifique Digiteo-triangle de la physique, pour le compte des 21 signataires et des deux PRES qui sont associés. Deux chargés de mission nommés par l’Etat, Jacques Glowinski et Vincent Pourquery de Boisserin, travaillent avec les établissements du Campus. La mission de préfiguration de l’OIN apporte également son concours en matière de transports et d’urbanisme. Ce dossier est déposé le 10 février 2008 et est accepté par le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Parmi les éléments importants de ce dossier figurent la rénovation de l’Université de Paris-Sud 11 qui s’accompagne, fait nouveau, d’un déménagement sur le plateau et la venue sur le Campus de sept nouveaux établissements : Ecole Centrale Paris, ENSAE ParisTech, MINES ParisTech, ENSTA Paris Tech, ENS Cachan, AgroParisTech, Institut Télécom (Télécom ParisTech, Télécom SudParis).
Ce dossier est labellisé par le ministère de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur le 24 février. Le 29 avril 2009, le Président de la République annonce que l'Etat va investir "850 millions d'euros" pour le plateau de Saclay (Essonne et Yvelines) où le gouvernement compte créer un pôle scientifique, économique et technologique. De même les collectivités territoriales annoncent le 27 avril qu’elles investiront « un euro pour un vrai euro de financement de l'Etat ».
Les acteurs s’organisent pour le développement du Campus de Saclay. Dès 2008, en reproduisant le schéma qui avait été adopté pour l’aménagement du quartier de la Défense, l’Etat travaille à la création d’un établissement public pour accompagner le développement du territoire au sud de Paris. La mission de préfiguration de l’OIN cède la place à une mission de préfiguration du futur établissement public dirigée par Pierre Veltz.
De même les établissements du Campus s’organisent. Les 21 signataires et les deux membres associés se constituent en consortium pour gérer le développement du futur Campus, en s’appuyant pour cela sur la Fondation Digiteo Triangle de la physique dont les statuts évoluent. Alain Bravo, directeur de Supélec, qui avait accepté de jouer le rôle de président de la fondation pour le montage du projet, laisse sa place à Paul Vialle, élu président par le conseil d’administration de la Fondation le 28 avril 2009.
[1] Les premiers bâtiments d'Orsay en 1958 (Source CNRS)
[2] Bâtiment en H du CEA Saclay à la fin des années 50 (Source CEA)
[3] Inauguration du Campus de HEC à Jouy-en-Josas par le Général De Gaulle en 1964 (Source HEC)




